Un jour sans fin

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2–3 minutes

Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

2–3 minutes
FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Harold Ramis
Scénario : Harold Ramis, Danny Rubin
Année de sortie : 1993

Un conte de Noël qui se déroule un 2 février. Ou comment un seul individu peut changer le cours de dizaines de vies. Un jour sans fin narre les efforts de Phil Connors, journaliste, pour cesser de revivre indéfiniment la même journée, celle du « Groundhog day », « Jour de la Marmotte ».
La mise en scène théâtrale du film exploite à merveille l’intrigue, avec une présence importante de travellings qui, débutant d’un même point de départ, arrivent à une destination semblable ou différente selon les besoins du film. Notons aussi la beauté et le soin de la photographie, avec notamment le très gros plan en contre-plongée du réveil, ou le premier plan du film, la main de Phil devant un fond bleu. 
Le film a ceci de paradoxal qu’il exploite le changement à long terme d’un individu par le biais de la répétition d’une seule et même journée. La redondance de la Fête des Marmottes est une métaphore explicite d’un sentiment dépressif de toujours tout revivre, sans que rien ne change et que rien ne plaise. Le film ne se cache pas d’un sordide patent, comme le montre la terrible scène faisant se succéder divers suicides. 
Malgré une intrigue prévisible, le scénario reste bien ficelé et intelligent dans les réflexions qu’il met en place. Ainsi, bien qu’Un jour sans fin reste une comédie américaine assez classique, on ne s’ennuie pas en le regardant.  Car tel est le propre des comédies américaines : plaire sans perdre intelligence, réflexion, cohérence, respect du spectateur (certaines des comédies françaises actuelles y trouveraient un excellent modèle). Rien d’extraordinaire, mais la beauté de l’ordinaire ; car c’est bien le quotidien qui est important dans cette œuvre, davantage que le fantastique qui s’y opère. Notons d’ailleurs la qualité du jeu des acteurs. Bill Murray est épatant de douceur et de fragilité ; Andie MacDowell est éblouissante, chacune de ses apparitions est lumineuse. 
Néanmoins, on regrette une impression de comique forcé. Le scénariste originel (Danny Rubin) désirait en faire un conte philosophique et non une comédie, genre que Harold Ramis préférait pour attirer plus de spectateurs. Cela se ressent hélas, la légèreté inhérente aux comédies romantiques semble avoir été rajoutée superficiellement et sans réelle foi. Le fond réflexif aurait mérité d’être approfondi, de nombreuses questions sont posées et exploitées trop rapidement (peut-on profiter d’un moment si on sait être le seul qui s’en souviendra? Le changement de Phil étant effectif après des dizaines d’années, peut-on réellement changer? Phil aidant les habitants de Punxsutawney en sachant par avance ce qui va leur arriver, comment dans une vie réelle peut-on aider autrui?). 
Un jour sans fin est une comédie familiale efficace et intelligente, mais il est regrettable qu’elle n’ait pas poussé davantage les réflexions pertinentes qu’elle instaure. 


Alex Dechaune

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