Les Violons du bal

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2–3 minutes

Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

2–3 minutes
FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Michel Drach / Scénario : Michel Drach / Production : Port-Royal Film, ORTF, Michel Drach / Direction de la photographie : William Lubtchansky, Yann Le Masson / Musique : Jacques Monty, José Manuel de Scarano / Montage : Geneviève Winding

Année de sortie : 1974

De nouveau en salles, ce film aujourd’hui méconnu de Michel Drach mêle avec une modernité confondante deux récits vrais : celui de son enfance sous l’Occupation, et celle du tournage de ce même film, contrarié par des producteurs réticents. Un bijou de fantaisie, où l’émotion affleure tout en finesse.
Michel Drach a beau avoir soufflé le prix Louis-Delluc à un certain Jean-Luc Godard et son A bout de souffle, il peine à convaincre des producteurs de financer le projet de sa vie : un film sur son enfance et sa famille juive sous l’Occupation. Non seulement, le sujet ne serait pas assez glamour pour attirer le public, mais de surcroît il veut y faire tourner son épouse, Marie-Josée Nat, et son fils, David Drach. Michel Drach aura, non sans difficultés, le dernier mot, et à raison, puisque le film rassemblera plus d’un million de spectateurs et Marie-Josée Nat remportera le prix d’interprétation féminine à Cannes.
Malicieux, Michel Drach ne se contente pas d’adapter son enfance en images, mais intègre au film son tournage et sa genèse compliquée. Un producteur lui souffle qu’il manque des vedettes, en un raccord amusant, c’est Jean-Louis Trintignant qui remplace le réalisateur. L’acteur n’hésitera jamais à apparaître dans des films au financement compliqué pour aider un réalisateur qu’il aime, ainsi Les Violons du bal représente un habile clin d’œil à ses choix de carrière. 
L’entremêlement de ces deux récits s’accompagne d’une différence de traitement entre les images : noir et blanc pour les années 1970, et une belle couleur pour la reconstitution. Le passage de l’une à l’autre s’opère avec virtuosité grâce à l’immense talent du chef opérateur William Lubtchansky, venu de la Nouvelle Vague.
Jamais ce mélange de deux récits ne semble relever d’une coquetterie formaliste, il s’inscrit dans un jeu ludique et drôle, et prolonge l’entreprise autobiographique de Michel Drach. Les deux récits pouvaient représenter des histoires disjointes, pleinement crédibles en films indépendants, mais les rassembler constitue un formidable témoignage sur l’état du cinéma français, et offre un mélange de tons savoureux.
Etonnamment, le récit d’enfance ne tombe pas dans l’artificialité à cause de ce dispositif. Malgré l’incursion du tournage dans le film, cette deuxième histoire passionne et émeut, certainement parce qu’elle jouit de la véracité forcément touchante des récits vécus, mais pas seulement. 
Michel Drach sauve quelque chose de cette époque. Son attachement aux détails, aux tenus, aux décors, est un hommage déchirant à un passé lointain, vécu à hauteur d’enfant. Le jeune Michel voit des Juifs monter dans un camion sans trop comprendre, et poursuit ses camarades, en quête d’un gâteau. La tragédie pointe toujours, dans un coin, mais comment la comprendre à huit ans ?
Déclaration d’amour à la famille du passé, comme à celle du présent, Les Violons du bal est aussi le cri du cœur d’un homme qui n’a jamais tourné le dos à l’enfant qu’il était.

Manon Grandières, des Bobines Partagées
Les Bobines Partagees

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