FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma / Scénario : Ludovic et Zoran Boukherma / Production : Hugo Sélignac et Alain Attal / Co-production : Cool Industrie / Musique originale : Amaury Chabauty et Emmanuel Ferrier / Direction de la photographie : Augustin Barbaroux / Direction du son : Rémi Chanaud / Montage : Géraldine Mangenot / Production : CHI-FOU-MI Productions et Trésor Films / Co-production : Charades InternationalDistributionExports / France 3 Cinéma / Distribution : Warner Bros. France
Interprétation : Paul Kircher, Angelina Woreth, Sayyid Ed Alami
Année de sortie : 2024
La représentation des classes populaires au cinéma se fait majoritairement sous deux prismes : un ennui né des difficultés financières des protagonistes, comme chez les frères Dardenne, ou une vulgarité désagréable aux spectateur·ices du film, comme dans La Vie d’Adèle. Avec Leurs Enfants après eux, adaptation du livre éponyme de Nicolas Mathieu, les frères Boukherma tentent à l’inverse de faire une fresque autour de personnages habitant une petite ville de campagne durant les années 1990. Pour une fois, le traitement des personnages apporte d’une nouvelle sensibilité.
Les problématiques et les personnages restent les mêmes que ceux dépeints d’habitude avec mépris, ennui ou froideur. On retrouve le père alcoolique (Gilles Lelouche), violent avec sa femme (interprétrée par Ludivine Sagnier) et son fils Anthony (Paul Kircher). Sauf que cette fois la caméra ne détourne pas le regard mais suit les personnages sur une petite dizaine d’années. Cette attention au long terme les rend attachants. Le jeu des acteurs permet en outre une interprétation intéressante, ne basculant jamais dans la caricature. Si l’intrigue a pour fil conducteur le vol de la moto d’Anthony, il n’est que le prétexte à l’évolution des personnages.
Au sein de cette histoire, la violence s’exprime sous diverses existences. Elle est d’abord littérale, physique et familiale pour Hacine et Anthony, violentés par leurs pères. Elle est aussi sociale, quand Stéphanie étudie à Paris. La mise en scène intelligente et inventive permet de tenir en tension ces moments. C’est le cas par exemple lors d’une scène de bagarre entre Anthony et Hacine : en plan fixe, un surcadrage s’inscrit par la porte, on voit uniquement ce qui se passe derrière la vitre. Les couleurs participent à l’expressivité de la mise en scène, nous plongeant parfois dans un rouge ou un bleu complets. Les sentiments adolescents démesurés sont illustrés par ce travail chromatique, et par les musiques d’époque qui les accompagnent.
Les relations entre les personnages, et particulièrement les histoires d’amour, naissant au sein d’une réalisation prometteuse, déçoivent hélas. Le couple formé par Anthony et Stéphanie est censé diriger le récit, ponctuant la chronologie narrative de retrouvailles irrégulières. On ne peut croire à une relation aussi passionelle, ne reposant que sur le sexe. Les moments où ils sont tous les deux sont trop rares pour y faire naître une complicité crédible.
Malgré une proposition qui aurait pu être intéressante, qui aurait pu proposer un regard original sur des classes d’habitude représentées avec trop de distance au cinéma, le film manque de crédibilité dans sa construction des protagonistes.
Lilia Penot







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