Vingt dieux

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2–4 minutes

Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Louise Courvoisier / Scénario : Louise Courvoisier et Théo Abadie / Soundtrack : Charlie Courvoisier et Linda Courvoisier / Production : Muriel Meynard / Direction de la photographie : Élio Baléazaux / Montage : Sarah Grosset / Son : François Abdelnour / Mixage : Thomas Besson / Sociétés de distribution : Pyramide Distribution, Pyramide International et Ex Nihilo 
Interprétation : Clément Faveau, Maiwène Barthelemy, Luna Garret

Année de sortie : 2024

Vingt dieux se concentre sur le portrait de Totone, un jeune garçon qui passe ses journées à sortir avec ses amis, à prendre des coups et à se mettre dans de sacrées emmerdes. Ce train de vie au rythme effréné prend fin assez tragiquement lorsque son père meurt et qu’il doit s’occuper de sa petite sœur. Le récit est d’une quête initiatique où Totone découvre la vie active dans le monde rural, l’amour, mais aussi et surtout la solidarité amicale et familiale. Vingt dieux montre de manière assez juste et émouvante les dynamiques d’un monde rural qu’il nous est proposé d’explorer et de sonder. 
La quête initiatique est double : on découvre avec Totone les difficultés de cette vie d’adulte précipitée et d’autant plus étrangère qu’elle est pour le·a spectateur·ice urbain·e totalement inconnue et/ou fantasmée. Le film nous laisse l’espace pour naviguer à l’intérieur de cette réalité rurale : de nombreux moments de silence et de contemplation permettent d’apprécier le paysage et les évènements du film, présentés sans fioritures et sans exagération. Cette quasi absence de la parole donne de l’importance du geste entre les personnages. Les gestes, les regards de chacun·e des personnages renvoient à chaque fois à des sentiments, à des émotions fortes et à des considérations partagées qui parfois n’ont pas vocation à passer par le langage parlé. Cela permet aussi d’éviter le déboire de la caricature d’un langage parlé “rural” ou très marqué socialement, ce qui donne lieu à de très mauvaises lignes de dialogues, comme cela peut être le cas dans l’Amour Ouf par exemple lorsqu’est repris le langage “djeun”. La communication non-verbale n’est jamais forcée et permet de mieux considérer les actions des personnages dans toute leur ambiguïté. C’est une manière aussi de reconfigurer notre perception de l’intime, présenté ici d’une manière bien différente que dans l’imaginaire urbain dominant.
L’histoire d’amour de Vingt dieux n’est pas une histoire d’amour où le protagoniste masculin se dépasse pour sa petite amie et où les deux protagonistes se font des déclarations d’amour à faire pleurer dans les chaumières. Si Marie-Lise prend de plus en plus d’importance dans la vie de Totone et s’ils partagent de grands moments de complicité, c’est Claire (la petite sœur) qui fait réellement évoluer le personnage. Dans cette comédie, l’histoire d’amour est une toile de fond, appréciable et bien construite, qui enjolive le récit de cette réconciliation familiale et personnelle. Et si Totone est très clairement le personnage principal, tous les autres protagonistes sont assez bien exploités pour qu’en 1h30 ils soient identifiables. Ces présences, comme un chœur, ajoutent de la légèreté et de l’humour dans l’émotion qu’elles créent. 
Vingt dieux est un hommage au patrimoine agricole français où la fiction se mêle au documentaire : les acteur·ices sont tous·tes issu·es de la société rurale et le tournage a pris place dans le Jura, région d’élevage bovin. La jeunesse s’approprie cette  place de choix sur le grand écran, dans des paysages et face à des problématiques que l’on n’y voit pas souvent. La simple tentative de Totone, de sa sœur et de ses amis de faire du Comté permet de redorer le blason des agriculteur.ices, souvent effacé·es par les grands groupes industriels dans nos schémas de consommation. 

So

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