Motel Destino

Depuis la Rubrique :
2–4 minutes

Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Karim Aïnouz / Scénario : Wislan Esmeraldo et Mauricio Zacharias / Musique : Benedikt Schiefer / Décors : Marcos Pedroso / Photographie : Hélène Louvart / Montage : Nelly Quettier / Production : Janaina Bernardes, Caio Gullane, Fabiano Gullane, André Novis, Gabrielle Tana et Hélène Théodoly
Interprétation : Iago Xavier (Heraldo), Nataly Rocha (Dayana), Fábio Assunção (Elias)

Année de sortie : 2025

Une plage idyllique et le soleil de Ceará1 illuminent deux frères qui s’amusent là. Tout semble réuni pour créer un film léger et réconfortant. Mais on comprend très vite qu’il n’en est rien : Heraldo (Iago Xavier) veut fuir et reconstruire sa vie ailleurs. Et pour cause : la baronne de la mafia dans laquelle ils sont enrôlés l’attend de pied ferme. Avant de pouvoir partir il doit commettre un dernier meurtre… qui ne se passera pas comme prévu. S’ensuit la fuite d’Héraldo qui se cache dans une sorte de motel du sexe, prison à ciel ouvert qui donne son nom au film. 
Cette description vous promet exaltation et saisissement ? Il n’en est rien. Tout le scénario est basé sur l’idée de fuite. Il prend le temps de laisser exister les relations entre les personnages, mais se perd dans des intrigues sans enjeux qui ne sont jamais résolues. La fuite d’Héraldo est abandonnée en pleine intrigue sans crier gare, pour des raisons inconnues, et laisse place à une autre échappée aux enjeux prévisibles. Le suspens qu’on attend d’un thriller est gâché par des événements extrêmement clichés, comme la poursuite finale qui n’est qu’une de ces scènes dont on connaît la finalité dès son commencement. 
Toutes ces intrigues, ces fuites, sont entrecoupées de scènes de sexe incessantes qui n’apportent rien à l’intrigue. Les personnages sont obsédés et voyeuristes. Le patron de l’hôtel a installé des trappes par lesquelles il peut observer ce qu’il se passe dans les chambres pour se masturber. Le sexe, qui est au centre de l’intrigue par le biais de la tromperie, est traité sans aucune originalité et semble ne servir qu’à combler le vide scénaristique. 
Mais il y a malheureusement plus cliché que ce scénario : les personnages. Heraldo est un jeune homme précaire qui fait ce qu’il peut pour s’en sortir. Rien ne sera fait de cette précarité sinon la création d’une des figures les plus clichés du Septième Art. Torturé entre la violence à laquelle il est habitué et sa sensibilité accrue, Heraldo n’hésite pas à braquer un pistolet sur la tempe de son ennemi après avoir longuement caressé un âne. Dayana n’échappe pas non plus au cliché de la femme prisonnière de son mari violent, qui essaie de fuir sans jamais y parvenir, et qui a finalement besoin d’un homme pour venir la sauver de son destin tragique. En bref, du déjà-vu sur toute la ligne. 
Que reste-t-il à Motel Destino ? Si nous ne devions retenir qu’une chose, ce serait son esthétique stricte qui semble être la plaque tournante de l’intérêt du/de la spectateur·ice. Tout ne semble que prétexte à imposer le rouge et le bleu de la direction artistique. Comme dans un exercice de style maladroitement exécuté, ce contraste entre les deux couleurs est présent dans chaque scène, souvent d’ailleurs de manière assez grossière : un drap rouge par-ci, une tenue bleue par là… Le tout surmonté par des lumières à l’image de celles du générique de fin : aveuglantes.
Loin de la plage idyllique, Motel Destino s’apparente plutôt à une piste de course, où chacun fuit, inlassablement, sans savoir où aller.  

Maxime-Lou 

  1. Région côtière au Nord-Est du Brésil.  ↩︎

Réponds et partage anonymement ton point de vue sur la question ! Peut-être que l’auteurice te répondra…

Intéressé·e ? N’hésite pas à découvrir nos publications récentes !