2024, une année de festivals

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Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

2024 en trois festivals idéaux pour jeunes critiques de cinéma

Le mastodonte Cannes et la galerie de gros festivals régionaux (Annecy, Alpe d’Huez…) ne sauraient faire oublier la diversité française en la matière. On compte plus de 700 festivals de cinéma dans l’hexagone. En voici trois qui proposent des expériences exceptionnelles pour jeunes critiques.

  1. Le Festival Court’Echelle (Festival National du Court-Métrage étudiant) : la jeune création prise au sérieux (28 mai – 3 juin 2024)
  2. Le Festival de Cabourg : strass, paillettes… et professionnalisation critique (12 au 16 juin 2024)
  3. Le Festival de la Rochelle (le Fema) : le pèlerinage des cinéphiles (28 juin – 7 juillet 2024)

Le Festival Court’Echelle (Festival National du Court-Métrage étudiant) : la jeune création prise au sérieux (28 mai – 3 juin 2024)

L’édition 2024, déjà la vingt-deuxième, se tenait sur une semaine à cheval entre mai et juin. Elle regorgeait d’événements fédérateurs et accueillants, entre tables rondes, projections, salons de créateurs et ateliers pratiques. Ces différents moments ne volent pas pour autant la vedette à ce qui fait le cœur du festival : la création cinématographique étudiante. Court’Echelle sélectionne des courts-métrages d’étudiants en école et en université de cinéma, présentés dans quatre catégories : animation, documentaire, expérimental et fiction. Chaque sélection est scrutée attentivement par un jury dédié. Un jury dit “Nouveaux Regards” regarde l’entièreté de la sélection (une cinquantaine de courts-métrages) pour délivrer des mentions spéciales, des prix techniques, et des récompenses communes avec les jurys professionnels.
J’ai eu l’immense chance de faire partie de ce jury Nouveaux Regards et de découvrir une montagne d’œuvres solides, de jeunes cinéastes prometteurs (dont certains tournent déjà dans les festivals mentionnés ci-dessous), le tout dans une ambiance bienveillante et amicale. 
Quiconque aurait des craintes sur le futur de la production cinématographique française devrait se ruer dans ce festival 100% gratuit, organisé par des jeunes motivés. Les sélections ne manquent ni d’audace ni de sincérité, et les pépites affluent dans chaque sélection. Mention spéciale à la catégorie animation qui a été mon immense coup de cœur du festival (je vous conseille à ce titre Le Parc au cerf, Au 8e jour et Ne rompez pas la chaîne du froid).
Débattre des films, s’interroger sur ses goûts et révéler de jeunes talents sont les seuls prérequis pour intégrer ce jeune jury. Je vous enjoins à suivre le compte Instagram qui mettra en ligne dans quelques mois l’appel à candidature pour l’année prochaine. 

Le Festival de Cabourg : strass, paillettes… et professionnalisation critique (12 au 16 juin 2024)

Depuis 1983, les plages pluvieuses de Normandie s’illuminent mi-juin pour accueillir les « Journées romantiques », le joli surnom de ce Festival dédié aux films amoureux. Cette année, il n’était pas rare de croiser dans les salles Virginie Efira ou encore Melvil Poupaud, membres du jury. Le parvis de la plage se pare d’un tapis rouge, et nous voici dans un Cannes à échelle humaine, où le glamour rejoint la rêverie dans un décor idyllique et paisible. Comme tout festival, les discussions entre cinéphiles vont bon train entre les séances et la petite taille du festival permet d’approcher aisément les vedettes. Mais je n’y étais pas pour chasser l’autographe ! 
Les Cahiers du cinéma et Première s’allient au festival pour accueillir six jeunes critiques de cinéma pour un concours sur la durée du festival. Une accréditation nous permet de vagabonder à notre guise dans Cabourg, à condition de regarder les films imposés. Après chaque visionnage, le petit groupe se réunit avec un critique professionnel pour enregistrer un podcast sur le film et échanger, tout simplement. Une opportunité exceptionnelle pour commencer à intégrer ce monde. 
Le dernier jour, nous avons dû chacun écrire un texte sur le même film. Un jury de professionnels a départagé nos textes et les deux « vainqueurs » ont pû effectuer un stage aux Cahiers du cinéma ou à Première. Pour tenter votre chance, surveillez le site du festival de Cabourg et suivez les réseaux sociaux des Cahiers du cinéma.

Le Festival de la Rochelle (le Fema) : le pèlerinage des cinéphiles (28 juin – 7 juillet 2024)

La Rochelle se mue en temple cinéphile pendant plus de dix jours, de fin juin à début juillet, depuis maintenant plus de cinquante ans. Cette année, les amateurs de films du patrimoine se sont rués sur les rétrospectives de Chantal Akerman, de Michael Haneke ou encore de Marcel Pagnol, et découvraient en avant-première des versions remasterisées, voire carrément rénovées entièrement, de bijoux allant de Papa est en voyage d’affaires de Kusturica au Napoléon d’Abel Gance. Au total : plus de trois cent séances où tous les publics trouveront leur bonheur. Le festival encourage les découvertes (le cinéma kirghize était à l’honneur cette année), toujours accompagnées par des présentations en début de séance dans un but pédagogique. Le cinéma grand public n’était pas en reste grâce à l’hommage rendu à Daniel Day-Lewis, à Nathalie Wood, au cinéma d’animation de Claude Barras, ou encore à « l’avant-première » de la ressortie de Point Break, dans une version plus immersive que jamais !
Et pour ceux qui préfèrent le cinéma d’aujourd’hui, le Fema accueillait (entre autres !) Mohammed Rasoulof (Les Graines du figuier sauvage), Payal Kapadia (All we imagine as light) ou encore Alain Guiraudie (Miséricorde) pour présenter en exclusivité leurs nouveaux films.
Vous l’aurez compris, le Fema est un réel paradis, d’autant plus qu’il se tenait dans une ville délicieuse, bercée par le soleil de début d’été. Sortir de séance pour flâner sur le port, écouter des groupes de rue avant de retourner dans les salles obscures… Un merveilleux séjour qui a rimé avec des coups de cœur cinématographiques à n’en plus finir.
Je vous conseille (ou plutôt vous enjoins !) à participer au concours de jeunes critiques organisé par le Fema, le Syndicat Français de la Critique et nombre de partenaires (éditions Capricci, La Septième Obsession, Transfuge…). Les conditions de participation : envoyer une critique d’un film présent dans une des rétrospectives du festival. J’ai obtenu grâce à ce concours une accréditation professionnelle pour le festival, me permettant d’aller à ma guise en salles et de rencontrer des journalistes culturels eux aussi d’une grande gentillesse, forts en conseils professionnels (comme cinématographiques !).

La modeste visée de cet article était donc double : faire découvrir ces festivals et inciter les jeunes critiques parmi vous à oser partager leurs écrits. Les opportunités rares (et encore trop méconnues) qu’offrent les festivals et les revues de cinéma participent à décloisonner le monde de la critique, associée à un entre-soi élitiste qui n’est que pur fantasme. Ce sont dans les festivals, ces lieux d’émulation et de rencontres, que l’on réalise pleinement que la cinéphilie est, par-delà les idées reçues, une culture du partage. Quant à moi, je vous dis à l’année prochaine… en festival bien sûr.

Manon Grandières

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