Exposition Wes Anderson à la Cinémathèque (19 mars – 27 juillet 2025)

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Nous vous conseillons vivement d’avoir vu le(s) film(s) traité(s) par nos textes, afin de ne pas être spoilé·es et de mieux comprendre nos propos !

FICHE TECHNIQUE

Production : Cinémathèque française, en collaboration avec le Design Museum de Londres, Wes Anderson et American Empirical Pictures / Commissaires : Matthieu Orléan, Lucia Savi, en collaboration avec Octavia Pesseil.

A la fois réjouissante pour la plongée dans l’univers matériel de Wes Anderson, et frustrante car peu instructive, l’exposition consacrée au cinéaste texan à la Cinémathèque assume une vision fétichiste d’une œuvre qui s’y prête particulièrement, au détriment d’une réflexion sur les obsessions cachées du réalisateur. Cette sympathique balade laisse donc un goût d’inachevé. Le septième art peut-il se dévoiler dans un musée ?

Couleurs vives et contrastées, plans géométriques, jeu d’acteur engoncé… en un coup d’œil, on reconnaît l’univers de Wes Anderson. Rarement un réalisateur n’aura affirmé avec tant de régularité et de cohérence ses obstinations esthétiques, tirant toujours plus ses films du côté de l’inanimé. Comme des boules à neige closes et scintillantes, ses films ont cet aspect clinquant qui tape à l’œil, cette homogénéité qui les éloigne de la « vraie » vie, et cette froideur, finalement, des petits mondes parfaits quoiqu’impossibles. Comme trop froids. Cette tendance se vérifie à chaque film un peu plus ; le dernier, Asteroid City (2023) laissera plus facilement de marbre qu’ému.

Pourtant, s‘ils ne  sollicitent que peu les émotions du spectateur, ses films suscitent un vrai engouement depuis des années. On peut peut-être l’expliquer par leur charme indéniable et leur beauté plastique. Parmi les plus appréciés, on trouve The Grand Budapest Hotel (2014) en tête, le film d’animation en stop motion Fantastic Mr Fox (2009), La Famille Tenenbaum (2001) ou encore Moonrise Kingdom (2012).

Après avoir célébré les œuvres d’Agnès Varda et de James Cameron, la Cinémathèque s’est donc tournée vers celle, haute en couleurs de Wes Anderson. Rien de plus simple a priori pour une exposition. Entre les milliers d’objets créés pour les décors, et les costumes tout de suite identifiables, la Cinémathèque disposait d’un fonds idéal pour une déambulation. S’ajoutent à ces artefacts les carnets du cinéastes, des photographies de tournage, des figurines tirées des films d’animation, des partitions de musiques, des prototypes de décors… soit beaucoup de choses à voir, données d’emblée aux yeux du visiteur. Cependant, dans cette réduction à l’aspect matériel de l’œuvre de Wes Anderson, où se trouve le cinéma, l’art du mouvement ?  Placé dans une exposition, le cinéma devient inerte, immobile, et le musée, un “cimetière de l’art” pour parler comme Théophile Thoré1.

Il y a bien quelques séquences projetées entre deux box d’objets, mais sans analyse. Une nouvelle fois, nous voyons (avec grand plaisir par ailleurs), sans pour autant redécouvrir l’œuvre sous un nouvel angle. Pourtant, l’exposition suggère des pistes pour comprendre le cinéaste. En insistant sur la fidélité de ses collaborateurs.rices, et sur la minutie de ses notes préparatoires, compilées soigneusement dans des carnets bien tenus, on devine une personnalité inquiète. Est-ce à dire que ses films, de plus en plus inanimés, recréent un monde mécanique et rassurant ? Son cinéma n’a-t-il pas justement directement à voir avec la mort ? La vanité ? L’artifice ? Pourquoi ce refus des sentiments ? En ne proposant qu’une vision fétichiste de l’œuvre de Wes Anderson, la Cinémathèque l’enferme du côté du pur visuel, mais n’est-ce pas une dérive inévitable de son cinéma ? 

La visite de l’exposition, hélas trop rapide (comptez moins d’une heure), n’élucidera pas les non-dits de l’œuvre d’Anderson. Elle nous donne à voir ses films dans l’angle d’attaque le plus évident (l’esthétique colorée et géométrique), sans jamais interroger directement cette obsession. Peut-être que lors de sa rétrospective Wes Anderson du 22 mars au 26 Juillet 2025, la Cinémathèque saura accompagner les projections de réponses plus explicites. 

Manon Grandières
des Bobines Partagees

  1. Théophile Thoré (alias William Bürger), Salon de 1861, dans Salons de W. Bürger, Paris, Renouard, 1870, vol. 1, p. 84-85 ↩︎

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