Réalisation : Jim Jarmusch / Scénario : Jim Jarmusch / Production : Charles Gillibert, Joshua Astrachan, Carter Logan et Atilla Salih Yucer/ Musique originale : Jim Jarmusch / Montage : Affonso Conçalves / Photographie : Yorick Le Seau et Frederick Elmes / Son : Robert Hein / Décors : Mark Friedberg, Marco Bittner Roser / Costumes : Catherine Georges et Anthony Vaccarello / Casting : Ellen Lewis / Société de production : Mubi, Saint Laurent, The Apartment, Badjetlag, CG Cinema et Cinema Util
Interprétation : Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Sarah Greene et Indya Moore
Année de sortie : 2026
Father Mother Sister Brother n’a que son titre pour faire croire à une résonance encore cohérente de ces mots au sein d’une famille. “Toutes les images disparaîtront” écrit Annie Ernaux, ici les relations ont disparu avant même les images affichées sur les murs des maisons. Jim Jarmusch, dans un triptyque récompensé par Un Lion d’or à Venise, étudie la famille une fois que les enfants sont trop grands pour en être encore et que les parents sont trop vieux pour continuer à jouer un rôle de mère ou de père.
Dans le premier tableau, on retrouve un frère, Adam Driver, et une sœur, Mayim Bialik, dans le New Jersey qui vont voir et approvisionner leur père, joué par Tom Waits, récemment veuf et qui vit reclus dans une maison en pleine nature. Le second se déroule à Dublin, la mère interprétée par Charlotte Rampling est une écrivaine reconnue qui reçoit ses deux filles pour leur thé annuel. Dans le dernier on se trouve à Paris, où deux jumeaux se retrouvent une dernière fois dans l’appartement de leur parent récemment décédé.
Ce triptyque se présente comme un exercice de style plutôt commun pour le réalisateur (Night on earth, Mystery Train, Coffee and Cigarettes) qui structure ici ces trois récits indépendants de la même façon. Chaque histoire débute par un long trajet en voiture, puis poursuit avec la visite chez un parent (ou dans l’appartement des défunts parents), où s’enchaînent des discussions polies, presque timides, avec des détails qu’on retrouve dans toutes les histoires. Jim Jarmusch instaure une logique que l’on s’amuse à saisir et remarquer tout au long du film. Par l’instauration de sa dialectique, le réalisateur s’efforce à démontrer l’absurdité des relations familiales.
Le film tire une réflexion sur les relations familiales et base son propos sur le sentiment que l’on peut ressentir face à l’éloignement de sa famille. Les parents et les enfants sont désormais des inconnus, les sujets de discussions sont banals et chacun essaye de vivre au mieux ses visites. Il ne cherche pas à nier un sentiment universel mais plutôt à en démonter les rouages dans un film où personne ne retire le masque qu’il adopte lors de ce moment particulier.
La dernière histoire néanmoins se perd sur la réflexion familiale. Le frère et la sœur se replongent une dernière fois dans des photos de famille, installés dans l’appartement de leur parent décédé, qu’ils doivent rendre bientôt. Les jumeaux s’entendent bien, entente que la sœur justifie par la gémellité, faisant référence à une croyance selon laquelle les jumeaux auraient un lien affectif supplémentaire, reflet de leur lien biologique. Cela affaiblit l’idée du film selon laquelle les liens du sang n’aident en rien à créer des relations. L’œuvre se perd dans cette dernière histoire qui paraît surtout faite pour attendrir la vision pessimiste de la famille que la première heure avait construite.
La coproduction avec Yves Saint Laurent se fait aussi ressentir lors du visionnage, notamment par une scène de skate que l’on retrouve trois fois, au début de chaque histoire, et qui semble avoir un intérêt plutôt décoratif que narratif. La collaboration rappelle les limites du film qui se retrouve entravé par une recherche de superficialité, que ce soit par des scènes seulement esthétiques ou un happy end forcé. Cependant Jim Jarmusch parvient à explorer de manière pertinente les traditions familiales devenues des habitudes et des corvées que chacun s’efforce de jouer une fois par an.
Lilia Penot







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