FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Lise Akoka, Romane Guéret / Scénario : Lise Akoka, Romane Guéret et Catherine Paillé / Production : Jean Dathanat et Pierre Grimaux / Image : Jean-François Hensgens / Son : Boris Chapelle et Jules Laurin / Montage : Albertine Lastera / Décor : Charlotte de Cadeville et Richard Deusy / Costume : Edgar Fichet
Avec : Fanta Kebe (Djeneba), Shirel Nataf (Shaï), Amel Bent (Sabrina)
Année de sortie : 2026
Ma frère est le second long métrage coréalisé par Lise Akoka et Romane Gueret, après Les Pires en 2022. Dans une ambiance feel good qui rappelle Nos Jours Heureux (Eric Toledano et Olivier Nakache, 2006), les réalisatrices font à nouveau le pari de représenter d’aborder une large diversité de sujets de société. Je m’intéresse dans cet article au traitement de la non-binarité à travers le personnage de Naël (Yuming Hey), animateur·ice de la colonie de vacances.
Dans un costume féérique, presque céleste, Naël chante et se balance au rythme d’une musique enfantine, qu’iel apprend aux enfants. C’est un personnage androgyne, typique de l’idée que la plupart des gens se font d’une personne non-binaire. Le personnage est traité, du fait de son costume, à travers une sorte de folklore queer. Bien que tous·tes les animateur·ices soient costumé·es, Naël est particulièrement visible.
Le·a spectateur·ice voit cette scène du point de vue de Shaï, personnage principal du film, qui n’est pas familière avec les enjeux de la non-binarité. C’est de ce point de vue que naît le malaise palpable. À travers le regard de Shaï, c’est le point de vue de chacun·e d’entre nous qui est mis à l’épreuve. Comment voit-on Naël lorsqu’iel pousse la chansonnette ? Le·a trouve-t-on, comme Shaï, un peu ridicule, ou portons-nous un regard critique sur la perception de cette dernière ?
Une chose est sûre, elle ne comprend pas l’identité de genre de Naël. On s’en doute à force de l’entendre questionner qui veut bien l’entendre sur le sujet. Les enfants et autres animateur·ices sont sondé·es par Shaï tout au long du film. Cette répétition en devient presque lassante. À chaque fois que Shaï évoque Naël, c’est pour questionner son identité de genre : le personnage n’existe presque qu’à travers sa non-binarité. Les réalisatrices semblent avoir tenté de pallier cette problématique en lui donnant une scène sur le consentement, seul moment où Naël a réellement un temps de parole à l’écran. Les animateur·ices se retrouvent pour la réunion quotidienne de fin de journée. Shaï raconte de manière anecdotique qu’un enfant ne s’est pas senti à l’aise lorsqu’il a été poussé à embrasser une de ses camarades. Le ton amusé de Shaï révolte Naël qui fait un discours cliché sur le consentement, auquel j’ai eu du mal à croire. Le film ne donne d’ailleurs pas suite au problème. Le sujet n’existe qu’à travers la parole de Naël, comme pour donner de la profondeur au personnage, mais sans toutefois lui accorder plus d’importance dans le récit.
Le message passé est en soit important. Le problème est que l’on ne croit pas à ce que le personnage dit. Cette parole ne lui appartient pas. Le personnage est un moyen de faire passer un discours porté par les réalisatrices, mais qui est exécuté de manière maladroite. Ma frère est d’ailleurs pavé de ces micro-discours qui sont mis dans la bouche des personnages de manière forcée, ce qui donnent une lourdeur au scénario. Cette impression est peut-être la conséquence d’un choix de réalisation : Lise Akoka et Romane Gueret travaillent comme à leur habitude à l’oreillette. Elles soufflent les répliques et dirigent les personnages pendant la prise de vue. En résulte une impression de textes récités plus qu’incarnés.
Outre la scène du consentement, Naël reste un personnage secondaire. Iel n’est évoqué·e presque que par l’obsession de Shaï sur son identité de genre. À la fin du film, elle demande à deux enfants s’iel est une fille ou un garçon. Ceux-ci lui parlent donc de la non-binarité de l’animateur·ice. Elle leur demande alors quel est son sexe de naissance, et ils répondent qu’iel est « naît garçon », mais que cela ne veut rien dire sur son genre. Outre le fait que les enfants aient eux aussi le droit à un discours pompeux qui leur semble étranger, le fait de dévoiler le sexe de naissance de Naël me dérange. Donner cette information permet d’assouvir une curiosité malsaine de la plupart des personnes cisgenre de savoir ce qu’une personne transgenre a entre les jambes. Donner cette information aux spectateur·ices est inutile, et dessert la volonté d’une représentations queer novatrice des réalisatrices. Créer un personnage non-binaire ne peut pas se faire qu’à travers son sexe et son genre. Il faut le·a faire exister par une profondeur, une histoire, comme tout autre personnage.
C’est donc avec déception que je suis sorti·e de la séance. Le personnage de Naël avait un potentiel immense, qui n’est que partiellement utilisé. On ne le·a voit qu’à travers son identité de genre, son apparence androgyne et ses faux discours engagés. Il aurait été possible de traiter ce personnage avec plus de délicatesse, ce qui aurait donné une représentation plus sensible de la réalité des identités non-binaires, et Dieu sait que cela manque dans le cinéma actuel.
Maxime-Lou







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