FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Coralie Fargeat / Scénario : Coralie Fargeat / Production : Coralie Fargeat / Tim Beavan / Eric Fellner / Sociétés de production : Universal Pictures / Working Titles Films / Distribution : Metropolitan FilmExport / Direction de la photographie : Benjamin Kracun / Montage : Jérôme Eltabet / Coralie Fargeat / Musique : Raffertie / Costumes : Emmanuelle Youchnovski / Décors : Cécilia Blom / Effets spéciaux maquillage : Pierre-Olivier Persin
Interprétation : Demi Moore, Margaret Qualley, Denis Quaid
Année de sortie : 2024
Que feriez-vous si on vous proposait de générer un deuxième vous, plus beau et plus jeune ? C’est la question à laquelle se retrouve confrontée le personnage interprété par Demi Moore, Elisabeth Sparkle, ancienne actrice errant dans un Hollywood glamourisé qui l’a oubliée.
Le film de genre est souvent reçu par un regard très manichéen, l’accueillant soit comme chef d’œuvre, comme on a pu le voir pour Titane, Palme d’or à Cannes en 2021, soit comme nanar monumental. The substance, réalisé par Coralie Fargeat, semble relever du premier cas, encensé par la critique et récompensé du prix du meilleur scénario à Cannes. Avant même sa sortie, le film crée de grandes attentes.
La scène d’ouverture débute sur une étoile d’Hollywood boulevard toute neuve, prise en photo par les passants. Le temps passe et l’étoile, à l’image de la célébrité à laquelle elle renvoie, s’abîme, jusqu’à tomber dans l’oubli. Maintenant dans la cinquantaine, Elizabeth Sparkle n’a plus sa place dans l’industrie du cinéma et se voit même renvoyée de son émission de gym télévisée. Lorsqu’un jeune interne d’hôpital à la peau un peu trop lisse pour être réelle lui offre une clé USB donnant accès à la Substance, elle y voit un moyen de renaissance et de retour à une gloire perdue. Pour dénoncer les critères de beauté et de jeunesse auxquels les femmes et les actrices sont assujetties, la réalisatrice utilise le Body Horror1, renversant ainsi cette quête de perfection. Mais, bien que les maquillages FX soient très bons, jusqu’à nous faire parfois détourner le regard, le scénario s’étire et l’intrigue stagne.
Le film mise en bonne partie sur son rythme rapide, auquel contribuent une sensibilité auditive décuplée et une musique électro omniprésente imitant des battements de cœur. Passé la première heure cependant, lors de laquelle Demi Moore s’injecte The Activator et génère son double juvénile interprété par Margaret Qualley, l’intrigue s’essouffle. Les deux femmes sont obligées d’alterner leurs vies, étant chacune leur tour une semaine inerte tandis que l’autre se recharge. La plus jeune ne respecte évidemment pas cette règle et, souhaitant profiter de son succès à la télévision, altère le corps de “la Matrice”, c’est-à-dire l’original. Dès le début pourtant, l’entreprise créatrice du produit répète à cette dernière “You are One” : son double et elle sont une et même personne. Or, quand elle se réveille, elle n’a aucune idée de ce que son double a fait pendant la semaine ; très vite, les incohérences scénaristiques ennuient.
Ce n’est pas l’unique reproche que l’on peut faire à un film qui, alors qu’il semble se voir comme révolutionnaire et subversif, traite son sujet avec peu de finesse et prend son public pour un idiot. Il y a un manque cruel de subtilité dans les références faites à Lynch, avec notamment des plans et fondus enchaînés imitant ceux de Mulholland Drive (2001), pour illustrer un propos qui ne cesse de se répéter. Lors d’une scène dans un café, le personnage principal, déprimé, est attablé et revoit le jeune homme qui lui avait donné accès à la Substance. Si on reconnaît le personnage grâce à une tache sur son poignet, qui avait été montrée en gros plan lors de sa première apparition, l’indice ne semble pas suffire. S’ensuit un flashback de la scène qui revient sur le début du film, le tout additionné à un dialogue qui nous fait aussi comprendre que c’était bien lui. La scène tourne en boucle et se répète, à l’image de l’intrigue.
The Substance a finalement le même défaut que ses personnages principaux : il se regarde trop souvent dans le miroir. Ne cessant de citer de grands cinéastes, de Cronenberg à Lynch, il ne les égale jamais et donne l’impression d’un film qu’on a déjà vu avant même de le regarder.
Lilia Penot
1 Le Body Horror est un sous genre du cinéma d’horreur, mettant en scène des transformations et des mutilations du corps humain.







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